Accueil économie Jacques Chalvin : l’événement est son royaume !

Jacques Chalvin : l’événement est son royaume !

De Mogador au Double Mixte en passant par Les Puces du Canal, le boss local de l’événementiel sait aussi faire le grand écart entre le Val de Saône et… le Vaucluse. Portrait.

0
Jacques Chalvin, entrepreneur
Jacques Chalvin, entrepreneur

#portrait Jacques Chalvin – #paroleauchefentrepriselyon

Jacques Chalvin est l’un des grands noms du business de l’événementiel à Lyon. Et depuis peu au-delà des frontières de la région, lorsqu’il est devenu, début 2017, le nouveau propriétaire du Village des antiquaires de la Gare de L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. Et, par conséquent, l’organisateur pour les dix ans à venir de la renommée Foire Internationale qui se tient chaque année à Pâques dans le ce lieu unique qui regroupe cent antiquaires et brocanteurs.

Dans le contexte critique des crises sanitaire et économique, Jacques Chalvin a eu un petit coup de chance : fin octobre, à quelques jours du second reconfinement que connaissent actuellement les Français, il a lancé avec succès dans ce Village des antiquaires le premier festival international d’Upcycling, proposant des exposants, des conférences, des ateliers, des performances live.
Cette nouvelle aventure vauclusienne s’ajoute à la liste des affaires qui ont fait la réputation de celui qui affiche pas moins de « trente ans d’expérience dans le métier de l’événementiel ». Le Lyonnais de 57 ans compte quelques beaux sites parmi les lieux dont il a tenu les rênes, à des fonctions diverses : le Théâtre Mogador à Paris – recruté en 2007 en tant que directeur général, il a notamment développé la fonction événementielle du lieu -, les Puces du Canal à Villeurbanne – il en fut le président et associé de 2013 à 2015 -, ou encore Connaissance du Monde, une marque fondée en 1945 pour laquelle Jacques Chalvin a participé à la reconquête du grand public et des partenaires. Ses collaborations sont diverses, servies par un goût certain pour la prospection que Jacques Chalvin a cultivé dès les débuts de sa carrière professionnelle. Entré comme ingénieur des ventes chez Xerox à Lyon en 1988, il est désigné meilleur vendeur en France deux ans plus tard ! Sa carrière de négociateur est lancée…

Des Parcs à La Cimenterie

La fibre événementielle, Jacques Chalvin la travaillera au Parc des expositions (Eurexpo) puis au Palais des Congrès de Lyon dans lesquels il a occupé des fonctions de direction. Suivront Mogador, Connaissance du monde, les Puces du Canal. Entre-temps, Jacques Chalvin, par ailleurs président de la holding SAS Sponsio (160 k€ de capital), fait l’acquisition en 2008 du Double Mixte, un lieu hybride situé sur le campus de La Doua à Villeurbanne.
Le chef d’entreprise y organise encore aujourd’hui des salons grand public (Salons du tatouage, du mariage, des animaux de compagnie, du bien-être…), des événements d’entreprise, des soirées ou week-end festifs – le festival électro Reperkusound y pose ses platines depuis 14 ans -, et des concours administratifs. Afin d’assurer la meilleure rentabilité du Double Mixte, il explique que la programmation est conçue en fonction des segments de clientèle qui se complètent : « Quand il y a un concours en semaine, il y a un salon le week-end avec des concerts le samedi soir. »
Lyon n’est pas le centre du monde et il reste des territoires à défricher. La boussole de Jacques Chalvin a indiqué le nord en 2018, année où l’entrepreneur achète une friche industrielle à Albigny-sur-Saône, associé entre autres à Didier Caudard-Breille, président du groupe DCB International. Le projet à 10 millions d’euros baptisé Ma Cimenterie – « La Cimenterie éphémère » dans un premier temps – ouvre ses portes quelques mois plus tard, sous la forme d’un lieu qui accueille des événements culturels et festifs en extérieur, au cœur du Val de Saône présenté comme une zone de développement urbain et un secteur stratégique de l’agglomération. La requalification du site doit passer par l’installation d’une halle alimentaire, une galerie d’art, un espace de coworking, une salle de fitness…

« Agilité et souplesse »

La Covid a bouleversé l’économie en général et le secteur de l’événementiel en particulier. Les programmations de La Cimenterie éphémère (la saison 2 est en attente) et du Double Mixte sont à l’arrêt. Interrogé par Lyon People fin août, Jacques Chalvin affirmait toutefois « poursuivre les études de travaux du projet définitif de Ma Cimenterie avec une ouverture confirmée pour la saison 2022-2023 ». 
Jacques Chalvin défend un mode de fonctionnement fondé sur « l’agilité, la souplesse », salvatrices en temps de crise. À chaque projet, sa forme juridique, peut-on résumer : « En fonction de chaque lieu ou de chaque événement que l’on monte, très souvent l’on crée des sociétés spécifiques », nous explique Jacques Chalvin, dont l’activité ne se résume pas toutefois à la gestion de lieux. Également, il produit des événements (le salon Lyon Vintage) et propose de l’ingénierie événementielle à des collectivités, des entreprises, des fondations qui ont des projets dans la production ou la gestion d’un lieu.

Libérer, c’est manager

S’ils sont une poignée à travailler à plein temps auprès de Jacques Chalvin, on peut compter jusqu’à une centaine de collaborateurs selon les événements produits ou organisés. En tant que manager, le Lyonnais pratique « l’entreprise libérée ». Ce concept théorisé par les auteurs Isaac Getz et Brian M. Carney implique une hiérarchie peu, voire très peu, marquée et une autonomie importante laissée aux équipes pour gérer les affaires. « C’est assez atypique parce qu’il faut beaucoup déléguer, faire beaucoup confiance au collaborateur, à l’humain, mais c’est un peu ma conviction. Pour rien au monde je ne changerais ce mode de management », affirme Jacques Chalvin. La croyance en l’humain, l’exemplarité, la curiosité sont les valeurs qu’il affirme défendre dans son activité professionnelle.
S’il délègue volontiers, Jacques Chalvin n’en est pas moins un entrepreneur bien occupé. Ce qu’il aime faire à ses heures perdues ? Il hésite… il n’a pas d’heures perdues ! Comme tout un chacun, il apprécie d’avoir des moments pour « se ressourcer, marcher dans la nature ». Sportif, il a pratiqué le football, et exerce aujourd’hui la boxe et le golf. « Je trouve que le sport golf ressemble beaucoup à la vie d’un chef d’entreprise : il faut être très humble, il faut faire preuve de beaucoup d’audace mais aussi de prudence, on est à chaque fois au bord du précipice quand on perd la balle, mais on se relève toujours et on arrive à faire de très beaux scores », conclut-il. 

Interview vidéo

RETRANSCRIPTION INTERVIEW

« Je m’appelle Jacques Chalvin, j’ai 57 ans, je suis marié et j’ai deux filles. Depuis trente ans maintenant, je travaille dans le secteur de l’événementiel. Je suis chef d’entreprise, entrepreneur et dirigeant, j’ai créé mon activité il y a une quinzaine d’années. 
Je développe un certain nombre d’activités dans l’événementiel autour de trois volets principaux :
Le premier, c’est la gestion de lieux événementiels. L’un des plus connus est le Double Mixte, à Lyon, d’autres ont connu plus récemment La Cimenterie à Albigny-sur-Saône, et également un troisième lieu qui est le Village des Antiquaires de La Sorgue à L’Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse. Dans ces lieux, je gère avec des équipes l’animation, la programmation, l’accueil des clients, l’accueil du public, les travaux, la maintenance… toute la gestion d’un lieu événementiel.
Le deuxième volet de mon métier, c’est de produire des événements, en général dans les lieux que je gère. J’organise différents types d’événements, essentiellement des salons ou des événements professionnels – on peut citer le salon Lyon Vintage, les Foires internationales d’antiquité-brocante et toute la production qu’on a mise en œuvre à La Cimenterie en 2019. 
Le troisième volet de mon activité est l’ingénierie événementielle, j’apporte les compétences de mes trente ans d’expérience à des institutions, des fondations, des collectivités, des entreprises qui ont des projets dans la production, l’organisation, la gestion d’un lieu. J’apporte ce savoir-faire et cette sorte de transmission puisque cela fait trente ans que je suis dans ce métier de l’événementiel.
J’ai été longtemps salarié et, il y a douze ans, j’ai créé une société, puis une deuxième, puis une troisième… à tel point qu’aujourd’hui, j’ai plusieurs structures événementielles. Je gère une holding qui s’appelle Sponsio – qui n’est pas très connue -, mais, surtout, en fonction de chaque lieu ou de chaque événement que l’on monte, très souvent l’on crée des sociétés pour l’occasion. Je n’ai pas une société en tant que telle mais, selon les productions, les associés, nous créons les structures juridiques. Cela nous permet d’être plus agile, plus souple, et c’est ce qui nous a permis de passer le cap de cette crise du Covid. 
En 2008, j’ai eu l’opportunité de racheter cette salle qu’est le Double Mixte, en organisant un tour de table avec un certain nombre d’associés. Le Double Mixte est un lieu hybride qui est intéressant car il n’est pas seulement un palais des congrès ou un parc d’expositions. C’est un lieu qui a une trentaine d’années et qui offre l’opportunité d’être bien situé dans l’agglomération lyonnaise, c’est important, il est en centre-ville, bien desservi par les transports en commun.

On accueille 4 typologies d’événements, bien précises et bien complémentaires

La première, ce sont les salons, les salons grand public de cœur d’agglomération : Salon de l’étudiant, Salon du tatouage, Salon du mariage, Salon des animaux de compagnie, Salon du bien-être… tous les salons dits grand public qui se passent généralement le week-end et qui sont récurrents.
On accueille également des événements d’entreprise, ce qu’on appelle le BtoB ou le corporate, c’est-à-dire des conventions – on a accueilli l’Odyssée des entrepreneurs du Medef – et tout ce qui est rassemblement professionnel.
Le troisième segment est ce qu’on appelle le festif, assez connu dans la population jeune. Ce sont les concerts, principalement des événements comme le Reperkusound qui vient depuis 15 ans au Double Mixte, des soirées techno mais pas seulement, des soirées qui touchent aussi d’autres communautés, soit de danse, soit de musique.
Le dernier segment, ce sont les concours administratifs. C’est moins grand public, c’est moins sexy : ce sont des tables, des chaises et on accueille des administrations qui font passer des concours.

Le modèle économique du Double Mixte, finalement, est assez simple.

Il repose sur la complémentarité des dates. En fait, le Double Mixte est un lieu, et un lieu, c’est comme un hôtel ou un avion : si les dates ne sont pas occupées, si les dates ne sont pas vendues, c’est périssable et il n’y a plus de valeur. Donc, tout l’enjeu de l’activité de Double Mixte a été de mettre en place une programmation avec des cibles, des segments de clientèle qui se complètent. Quand il y a un concours en semaine, il y a un salon le week-end avec des concerts le samedi soir. Tout cela se complète de manière harmonieuse et fait ce qu’on appelle le yield. Le yield, comme l’on dit dans l’hôtellerie, fait qu’on optimise la capacité d’accueil des événements dans un lieu, et c’est ce qui nous permet d’avoir une rentabilité.

Les valeurs que je mets en avant dans mon activité et dans le développement de mes activités.

Je crois beaucoup à l’humain. Tout ce que j’ai pu entreprendre et réussir, c’est grâce à l’investissement qu’ont montré mes collaborateurs dans ce que j’ai entrepris. Donc, d’abord, la valeur humaine. 
Une deuxième valeur que j’apprécie beaucoup dans ce que je fais et chez les collaborateurs que je recrute, c’est l’exemplarité. Je ne vois pas comment on peut construire des entreprises, construire des réussites si on n’est pas exemplaire, si on ne montre pas l’exemple à des collaborateurs, des équipes, des sous-traitants, même à des clients qui viennent à notre rencontre. Voilà des valeurs que je mets beaucoup en avant.
Enfin, je dirais qu’il y a une dernière valeur importante, c’est celle de la curiosité. La curiosité est essentielle. Si on se cantonne à ce que l’on connaît, ce que l’on sait, si on ne sort pas de sa zone de confort comme on dit aujourd’hui, on a peu de chances d’arriver à passer les crises, à passer les étapes et à se développer.
Le niveau d’activité de l’ensemble de mes structures se situe autour de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous employons entre 5 et 6 personnes à temps plein et nous montons jusqu’à une centaine de personnes selon les événements et l’actualité de nos événements. 

J’ai un modèle de management très particulier, qui s’inspire d’un modèle théorique qui est « l’entreprise libérée ». C’est quoi ?

Je casse les hiérarchies et je fais entièrement confiance à mes collaborateurs. La confiance n’excluant pas le contrôle, je recherche des collaborateurs et je travaille avec des collaborateurs qui me sont très fidèles et qui apprécient cette autonomie, cette confiance déléguée. Ils sont responsables de leurs objectifs, de leurs agissements, on fait des points réguliers, mais ils travaillent en toute autonomie avec des modèles de centre de profit. C’est parce qu’ils sont autonomes, presque patrons de leur propre centre de profit d’un lieu ou d’un événement que cela fonctionne.
C’est assez atypique parce qu’il faut beaucoup déléguer, faire beaucoup confiance au collaborateur, à l’humain, mais c’est un peu ma conviction. Pour rien au monde je ne changerai ce mode de management. 
Ce qui me passionne dans la vie, c’est la rencontre humaine parce que c’est ce qui crée la richesse, ains que la découverte, la curiosité. Elles s’expriment à travers les projets – les projets professionnels, les projets privés, les voyages privés -, mais aussi essentiellement l’humain et tous les nouveaux challenges qui surviennent devant nous.

Les mots-clés qui pourraient résumer l’ensemble de mes activités

C’est bien évidemment la rencontre humaine puisque l’événementiel est au cœur de ce sujet. C’est l’empathie, c’est la curiosité, c’est la créativité. Je crois que c’est très important d’être créatif parc que l’on est curieux et l’on cherche des solutions en sortant des sentiers battus. J’ai horreur de l’aspect moutonnier d’un certain nombre de structures ou d’administrations, je crois que si on veut avancer, il faut casser les codes, il faut réfléchir, changer de paradigme, il faut se réinventer. Ce n’est pas une recette, c’est juste l’école de la vie. 

Qu’est-ce que je fais à mes heures perdues ?…

Je ne sais pas si j’ai des heures perdues (rires) ! J’essaie de me ressourcer dans le calme, dans la nature, j’aime beaucoup marcher, je joue avec des amis au golf. Je trouve que c’est un sport qui ressemble beaucoup à la vie d’un chef d’entreprise : il faut être très humble, il faut faire preuve de beaucoup d’audace mais aussi de prudence, on est à chaque fois au bord du précipice quand on perd la balle mais on se relève toujours et on arrive à faire de très beaux scores. C’est un peu à l’image de la vie de l’entrepreneur, ce sport golf. Avant je jouais au football, un sport collectif, je fais de la boxe également. C’est important de ne pas vivre uniquement et seulement pour son travail. 

Mon projet à moyen/long terme est d’arriver à transmettre le savoir que j’ai reçu à mes collaborateurs, et à mes enfants bien sûr.

En synthèse, la vie d’un entrepreneur, quel que soit le secteur d’activité, est passionnante, elle est aussi remplie de difficultés. Mais du surpassement de ces difficultés naissent la richesse et le bonheur qu’on ressent quand on passe des caps, on passe des étapes et qu’on avance dans la vie. »
Article précédentThomas Laborey, artisan du « management innovant »
Article suivantFondation Emergences, le mécénat de compétences au service du vivre ensemble