Accueil bénévolence Thomas Laborey, artisan du « management innovant »

Thomas Laborey, artisan du « management innovant »

Créé en 2015, Blooming Partners se définit comme un atelier d’innovation managériale. Ses dirigeants défendent une approche « artisanale » au plus près des besoins des entreprises, confrontées aux mutations du monde. Rencontre avec Thomas Laborey, cofondateur et associé.

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Thomas Laborey, ceo Thomas Laborey
Thomas Laborey, ceo Thomas Laborey

Portrait  Blooming Partners

Réinventer leurs modèles de fonctionnement, c’est le défi que doivent relever les entreprises d’aujourd’hui. Confrontées à des disruptions permanentes ayant un impact très fort sur le business, les structures, quels que soient la taille et le domaine d’activité, naviguent parfois à vue entre révolutions technologiques et mutations sociologiques profondes. En effet, le monde des affaires change, mais pas seulement ; en interne, les collaborateurs et parfois même leurs dirigeants sont dans une quête de sens qui conduit à aller davantage vers un management horizontal et plus partenarial.
Dans ce contexte, Blooming Partners revendique depuis 2015 sa différence en se définissant comme un atelier d’innovation managériale. Un « atelier » plutôt qu’un « cabinet », souligne Thomas Laborey, l’un des fondateurs associés. À 49 ans, il affiche une longue et solide expérience dans le conseil en management, un métier qu’il a découvert et dont il est « tombé amoureux » une fois son diplôme d’une grande école en poche. « Un atelier, c’est-à-dire qu’on fabrique les choses à chaque fois un peu “à façon”», explique-t-il. Voilà l’ADN de Blooming Partners : un accompagnement et des solutions à la carte pour ses clients.
L’entreprise est née d’un constat, celui que « les cabinets de conseil traditionnels étaient un peu en retard dans les propositions qu’ils faisaient pour accompagner ces transitions profondes qui touchent leurs clients », poursuit Thomas Laborey. Il développe : « Les entreprises sont soumises à un faisceau de transformations qui sont très nombreuses, complexes, rapides et, en plus, interagissent les unes avec les autres. La géopolitique se complexifie (les élections américaines, les Gilets jaunes en France, le Brexit en Angleterre…), les technologies évoluent extrêmement vite (l’intelligence artificielle, la blockchain, les objets connectés…) et, enfin, les attentes du corps social en matière d’entreprise, d’emploi, d’argent, de succès ou encore d’autorité mutent profondément. » Autant de facteurs qui rendent compliquée la prise de décisions et parfois anxiogène la vision de l’avenir par les dirigeants.
« Si la méthode fonctionne, on la généralise »
Comment accompagner les entreprises afin qu’elles appréhendent au mieux ces mutations ? 
Blooming Partners mise sur les différents modèles émergents, les outils numériques transformants et les nouvelles tendances sociétales pour construire une méthodologie. « Nous disons la chose suivante à notre client : “ On va regarder avec vous la problématique qui vous est soumise ; si on essayait, sur un mode expérimental, de mettre en œuvre telle initiative dans telle partie de votre entreprise, cela contribuerait aux objectifs, aux ambitions, aux envies que vous nous avez décrites” », cite Thomas Laborey.
Et après ? « Si la méthode fonctionne, on la généralise ; si elle ne fonctionne pas, on essaie de comprendre et on propose une alternative. Nous cheminons ainsi dans la durée avec nos clients sur une transformation assez complète finalement », ajoute le dirigeant.
Blooming Partners a pour objectif la transformation de l’ensemble de l’entreprise, plutôt que le changement par segments.
Thomas Laborey donne en exemple une grande banque française qui a demandé à l’atelier de l’accompagner dans la création d’une structure type data office. Blooming Partners et son client se sont alors posé une multitude de questions… pour trouver les réponses au plus près des besoins : « À quoi sert le data office, qui sont les gens positionnés dans ce data office, comment ils s’articulent avec les autres services de l’organisation ? Et in fine comment ils la transforment, de l’intérieur, pour le bien commun ? », détaille Thomas Laborey. 
L’agilité – cette capacité à s’adapter facilement au changement – n’est pas innée. Elle peut parfois être contre-productive lorsqu’elle est mal mise en œuvre. Blooming Partners l’a constaté auprès de l’un de ses clients, pour lequel l’introduction du concept d’agilité dans l’entreprise a généré des tensions.  « S’adapter plus facilement à des transformations continuelles sans être en hostilité les uns envers les autres » a alors été l’axe de travail proposé par l’atelier d’innovation managériale. Il a alors fallu mettre en place de nouveaux modes de fonctionnement et de collaboration, de nouveaux outillages.
« Faire entendre résolument notre voix »
En 2017, Blooming Partners a lancé MétaMorphoses, le Think and Do Tank du management « disruptif et bienveillant ». « À but non lucratif et reconnu d’intérêt général, il finance une recherche appliquée et pluridisciplinaire en matière de management. Ses productions sont des outils et méthodes en open source. Soutenu par des entreprises donatrices, il a par exemple permis en 2018 l’examen du concept d’entreprise diffuse.
Ce terme décrit la communauté des personnes non liées contractuellement à l’entreprise, mais qui partage avec elle des valeurs, des intérêts, des expériences et œuvre indirectement à son succès », expliquait Thomas Laborey dans le magazine Challenges.
Aujourd’hui, l’équipe dirigeante travaille à la transmission de la société, qui devrait intervenir à moyen/long terme. « Notre stratégie est de faire entendre résolument notre voix, pas simplement d’avoir des clients qu’on accompagne mais que toutes les convictions qu’on a développées auprès de ces clients puissent être portées à la connaissance du plus grand nombre. C’est, toujours, notre logique de l’open source, notre logique du bien commun », déclare le cofondateur. Pour ce faire, le cabinet développe depuis un an une activité de conférences, qui s’est interrompue à cause de la Covid, mais qui a repris très fortement avec la rentrée à la fois en distanciel et en présentiel. 
La crise sanitaire actuelle bouleverse le monde du travail. Elle touche le chiffre d’affaires mais également le moral des chefs d’entreprise. Thomas Laborey témoigne : « La solitude du dirigeant est la principale inquiétude dont mes clients me parlent depuis la rentrée. Nous aussi, on est des entrepreneurs, nous aussi on est en train de vivre une période compliquée. Vivons-là ensemble, rassurons-nous les uns les autres. Je pense que c’est cette posture qui fait que nous sommes reconnus comme des partenaires avec lesquels les choses se passent bien. »

Blooming Partners,
46, rue Desbordes-Valmore, 75116 Paris 

+33 1 40 55 90 73 
blooming-partners.com

Interview vidéo

RETRANSCRIPTION INTERVIEW

Thomas Laborey, j’ai 49 ans, et je suis l’un des fondateurs associés de Blooming Partners, atelier d’innovation managériale. Nous avons fondé l’entreprise fin 2014, elle va bientôt fêter ses 6 ans. 

Qu’est-ce qu’un atelier d’innovation managériale ?

À la fin des années 2000, nous nous sommes aperçus que les entreprises sont soumises à un faisceau de transformations qui sont très nombreuses, complexes, rapides et qui, en plus, interagissent les unes avec les autres.
Par exemple, la géopolitique se complexifie et devient très difficile à prévoir (les élections américaines, les Gilets jaunes en France, le Brexit en Angleterre… aucun expert ne les avait prévus), les technologies évoluent extrêmement vite (il y a des ruptures très régulièrement, l’intelligence artificielle, la blockchain, les objets connectés…), la sociologie même mute profondément, en particulier les attentes du corps social en matière d’entreprise, d’emploi, d’argent, de succès ou encore d’autorité. Tout cela est en train de se redéfinir.
Par conséquent, cela devient très compliqué pour une entreprise de prendre des décisions dans un monde où tout est mouvant et où les décisions qu’elle a prises peuvent avoir des conséquences qu’il était, à l’époque, impossibles d’anticiper. Les dirigeants d’entreprise, mais aussi les collaborateurs, peuvent avoir des difficultés à se projeter dans l’avenir avec sérénité.
Les fondateurs de Blooming Partners ont tous une expérience solide dans le conseil en management. À l’époque, nous avons constaté que les cabinets de conseil traditionnels étaient en général un peu en retard dans les propositions qu’ils faisaient pour accompagner ces transitions profondes qui touchent leurs clients. Ils étaient plutôt sur des réponses classiques alors qu’il y avait besoin de réponses nouvelles.
C’est pour proposer ces réponses nouvelles qu’on a monté cette entreprise, qui est donc un atelier – puisqu’on fabrique des choses à chaque fois un peu « à façon » – d’innovation – puisqu’on ne fait que des choses nouvelles – puis managériale, c’est-à-dire qu’on travaille sur le management au sens large : le management des personnes, c’est le premier sens, puis le management des entreprises, le management de l’économie.
En pratique, que fait-on pour accompagner les entreprises ?
Par exemple, il arrive qu’un certain nombre d’entreprises se disent : la donnée va être un gisement de valeurs pour l’avenir. Elles créent alors un dispositif de gestion de la donnée, un bureau de la donnée, un data office et des gens se trouvent bombardés Chief Data Officer d’une grande entreprise avec une multitude de questions : qu’est-ce qu’on attend de moi ? Quelle est ma feuille de route, quelle est ma proposition de valeur, à quoi je sers, quelle est ma raison d’être ? Ainsi, une grande banque française nous a demandé de l’accompagner dans la création de ce type de structure en répondant avec eux à la question : à quoi ça sert, qui sont les gens qu’on met à l’intérieur, comment ils s’articulent avec les autres services de l’organisation ? Et in fine comment ils la transforment, de l’intérieur, pour le bien commun. 

Les grandes lignes d’intervention de Blooming Partners

Pour les introduire, il faut s’en tenir à notre promesse : nous butinons dans les modèles émergents les pollens de votre croissance soutenue. Que veut dire cette formule marketing ?
Elle signifie que nous observons les différents modèles de management, les différents outils numériques transformants, les nouvelles tendances sociétales pour dire la chose suivante à notre client : “On va regarder avec vous la problématique qui vous est soumise ; si on essayait, sur un mode expérimental (et peut-être que ça ne marchera pas), de mettre en œuvre telle initiative dans telle ou telle partie de votre entreprise, il nous semble que cela contribuerait aux objectifs, aux ambitions, aux envies que vous nous avez décrites. ” Très concrètement, il s’agit de réfléchir avec les collaborateurs, avec les managers, pour mettre en place, de façon assez limitée dans le temps et l’espace, des nouveaux modes d’organisation, de fonctionnement, de relation-client, des modèles de revenus, des modèles de collaboration, de nouveaux outillages.
Puis, on observe sur quelques semaines ou quelques mois. Si la méthode fonctionne, on la généralise à l’ensemble de l’organisme ; si elle ne fonctionne pas, on revient en arrière, on essaie de comprendre et on propose une alternative qui devrait résoudre les problèmes qu’on a rencontrés. Nous cheminons ainsi dans la durée avec nos clients sur une transformation assez complète finalement, mais qui se fait par petits morceaux. 
Cette approche nous permet de travailler avec toutes sortes de secteurs, toutes sortes d’entreprises, des ETI comme des grands groupes, des entreprises françaises et à l’international. Notre idée, c’est vraiment d’être au plus près de la transformation, on est chez vous, on est avec vous. Notre activité se résume finalement ainsi : on est un cabinet de conseil spécialisé sur les modèles de management innovants.

Blooming Partners compte aujourd’hui 16 personnes, 3 associés-fondateurs et 13 collaborateurs.

Mon parcours est assez linéaire, j’ai fait toute ma carrière dans le conseil en management. Je suis arrivé dans une grande école en me disant : “j’ai bien réussi mon parcours d’étudiant, mais je ne sais pas construire un parcours de professionnel.” J’ai pris l’annuaire des anciens de mon école, j’ai vu qu’il existait un secteur « conseil en management », que je ne connaissais pas. J’ai fait des stages pour découvrir ce que c’était, je suis tombé amoureux du métier et je ne l’ai jamais quitté.

Les mots-clés pour Blooming Partners ?

Innovation évidemment, humanisme, management, modèle émergent, expérimentation, bienveillance, intelligence collective, observatoire des usages, adaptativité. 

Pourquoi nos clients font-ils appel à nous ?

Nos clients viennent nous voir pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’ils ont essayé quelque chose mais ils n’ont pas réussi à le faire fonctionner. Un bon exemple : un groupe d’aménagement urbain nous dit : « on pense que l’agilité c’est important, du coup on a voulu devenir agile mais on a échoué. Les concepts d’agilité qu’on a introduits – le droit à l’erreur, etc – ont plutôt fracturé [c’est le terme employé par la directrice générale] le corps social qu’autre chose. Aidez-nous à resouder le corps social, quitte à ne plus parler d’agilité.
Mais comment peut-on faire pour s’adapter plus facilement à des transformations continuelles sans être en tension, en hostilité les uns envers les autres ? » Voilà des gens qui ont essayé des modèles émergents, mais il se trouve que, comme c’est émergent, c’est compliqué de trouver les clés pour les faire fonctionner. Second exemple, ceux qui souhaiteraient essayer quelque chose mais qui ne savent pas par quel bout le prendre.
Un groupe de publicité très connu nous contacte. Il nous dit : “le design thinking – qui est une approche de conception par les usages et le design plutôt que par la résolution de problèmes – pourrait être très utile et s’appliquer très naturellement à nos métiers de la communication, de la créativité. Mais on ne sait pas du tout comment cela s’articule avec les savoir-faire qu’on a déjà, la culture qu’on a déjà, etc.” Nous les avons aidés à prendre le design thinking en main.
Chiffre d’affaires 2020
On va être en légère croissance par rapport à 2019, je pense au-dessus de 3 millions d’euros.

Nos projets à long terme

Notre projet est de transmettre l’entreprise. Il faut que nos collaborateurs d’aujourd’hui soient les associés de demain, que ce soit leur boite à terme. Notre stratégie est de faire entendre résolument notre voix, pas simplement d’avoir des clients qu’on accompagne mais que toutes les convictions qu’on a développées auprès de ces clients puissent être portées à la connaissance du plus grand nombre. C’est, toujours, notre logique de l’open source, notre logique du bien commun.
Nous développons depuis un an une activité de conférences, qui s’est considérablement interrompue à cause du confinement mais qui a repris très fortement avec la rentrée, à la fois en distanciel en mode webinaire et en présentiel dans des salles assez grandes pour assurer la sécurité sanitaire. Aller discuter avec des panels de gens de ce qu’on a vu, ce qu’on croit, ce qu’on espère, ce qui nous semble recueillir leur assentiment, c’est très important pour nous, pour que l’ensemble des acteurs économiques progresse, chemine dans ce monde compliqué qui est le nôtre. 
La vraie difficulté de ce métier, c’est que quand on se lève le matin, on ne sait pas à quelle heure on va se coucher le soir. Il y a les bons jours, lorsque, à 17h30, on n’a plus de sollicitations, plus rien en retard, tout est fini. Du coup, soit on prend de l’avance sur le lendemain, soit on va au cinéma ! Et il y a ceux où, à 20 heures, on se dit : « là je vais en prendre pour la nocturne… », parce qu’il y a vraiment une mission qui mérite un effort supplémentaire. Il n’y a pas de journée-type, le contenu varie : on passe beaucoup de temps à discuter avec les clients, un peu à discuter entre nous, et pas mal à aller voir ce qui se fait ailleurs pour s’inspirer.
La solitude du dirigeant est la principale inquiétude dont mes clients me parlent depuis la rentrée. Vous n’êtes pas seuls. Nous aussi, on est des entrepreneurs, nous aussi on est en train de vivre une période compliquée. Vivons-là ensemble, rassurons-nous les uns les autres, on va s’en sortir, on peut s’en sortir, on sait s’en sortir. Je pense que c’est cette posture qui fait que nous sommes reconnus comme des partenaires avec lesquels les choses se passent bien. 

Le positionnement de Blooming Partners

C’est là où les cabinets traditionnels ne vont pas parce qu’ils ont un modèle économique industriel. Nous, on a un modèle économique artisanal. Donc, si vous êtes sur des projets un peu fous dont vous ne savez pas s’ils vont marcher ou pas, et si vous voulez qu’on fasse un bout de chemin avec vous – qui peut être très court, qui peut être de 5 semaines et pas très cher ou quelque chose de plus prolongé – vous pouvez faire appel à nous. »