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Upcycling Festival, une mine d’idées et de solutions sur le réémploi de matériaux de récupération

Le Village des Antiquaires de la Gare conviait à 3 jours d’échanges autour du surcyclage à l’Isle-sur-la-Sorgue. Artistes, artisans, industriels et institutionnels sont venus à la rencontre du public à travers des stands, des ateliers mais aussi des conférences.

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Laurianne Tribet & Linda Ecalle & Sarah Guilemin_Upcycling festival
Laurianne Tribet & Linda Ecalle & Sarah Guilemin_Upcycling festival
#upcyclingFestival
L’Isle-sur-la-Sorgue accueillait la première édition de l’Upcycling Festival, au sein du Village des Antiquaires de la Gare, du 23 au 25 octobre. Dans un espace dédié de 700 m2, 22 exposants, artistes et artisans, présentaient leur travail dans divers domaines : art, décoration, mode ou design. Leur point commun : le surcyclage, soit la réutilisation de matériaux, sans transformation, pour les détourner dans leur destination première et leur donner une valeur supplémentaire. En parallèle, les conférences ont permis aux intervenants de développer plusieurs thématiques.
Invitée de marque de cette première édition de l’Upcycling Festival, Brune Poirson, ancienne secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire et députée du Vaucluse, a présenté ses combats, et notamment la loi anti-gaspillage et pour l’économie circulaire. “La première conséquence est la fin des emballages plastiques jetables. Les entreprises de la restauration rapide ou à emporter vont devoir s’organiser : soit les clients apportent leur propre contenant, soit l’entreprise propose une consigne d’emballages réutilisables.
Ce n’est pas facile de changer nos habitudes mais nous devons responsabiliser les consommateurs et les industriels doivent les accompagner. L’autre orientation, c’est le recyclage des plastiques. Nous devons éliminer les résines mais aussi les plastiques noirs, qui ne sont pas recyclés. Recycler tous les plastiques permettrait d’éviter l’équivalent en CO2 de 4 centrales à charbon françaises.”

Des initiatives vertueuses dans le Vaucluse

Plus globalement, les filières de recyclage représentent un gisement de 300 000 emplois. “Une tonne de déchets recyclés représente 10 fois plus d’emplois, forcément locaux et non délocalisables, qui peuvent concerner toutes les catégories socio-professionnelles, poursuit la députée. Cela permet en plus de tendre vers l’indépendance en approvisionnement de la France, puisque recycler aboutit à récolter des métaux rares. Enfin, la loi va permettre 500 millions d’euros d’économies par an pour les collectivités.”
Les collectivités qui sont en première ligne dans la gestion des déchets, comme l’explique Pierre Gonzalves, maire de L’Isle-sur-la-Sorgue. “Toutes les villes sont confrontées à la problématique des déchets et on sait qu’ils coûtent de plus en plus cher à traiter et à revaloriser. Les opérateurs de la filière nous l’expriment aussi. Donc il est grand temps de trouver des solutions qui soient alternatives, créatrices de valeur ajoutée mais aussi porteuses de sens pour nous habitants des territoires. Il y a plusieurs initiatives déjà engagées. La question du tri des mégots par exemple renvoie aussi à la pollution des cours d’eau, puisqu’une fois passés par les eaux pluviales, ces mégots arriveront tôt ou tard dans notre belle Sorgue.”
Les initiatives vertueuses existent dans le Vaucluse, comme l’unité de méthanisation d’Avignon ou l’entreprise Aptunion qui produit du gaz à partir de l’eau sucrée de son usine de fruits confits.

Des cuirs à base de peaux de…. poissons

Outre l’industrie, d’autres secteurs réfléchissent à des solutions éco-responsables. Au premier rang desquels le textile, réputé particulièrement polluant. “C’est peut-être vrai ailleurs mais pas en Europe, explique Pierric Chalvin, directeur d’Unitex, qui fédère 600 entreprises du textile en Auvergne Rhône-Alpes. Et il ne faut pas oublier que la France impose des normes socio-environnementales très contraignantes”.
La filière mène cette réflexion depuis de nombreuses années : que faire du produit lorsqu’il arrive en fin de vie. Aujourd’hui, seulement 38% des vêtements non portés sont collectés, essentiellement via le Relais, Emmaüs et la Croix-Rouge. Une partie est recyclée, l’autre est revendue en seconde main à l’étranger, notamment en Afrique.
Mais la filière ne s’arrête pas là. Un pôle de compétitivité a ainsi vu le jour pour mener des programmes collaboratifs qui doivent faire émerger des projets innovants autour du recyclage et de la revalorisation des déchets de production ou de produits finis. Le centre européen des textiles innovants de Tourcoing accueille par ailleurs un démonstrateur semi-industriel permettant de recycler les fibres de coton. “Après la plasturgie, nous avons signé une convention avec la région Auvergne Rhône-Alpes afin de recenser les déchets industriels et étudier les manières de la valoriser. “
Plusieurs acteurs de la filière utilisent déjà le surcyclage comme mode de création. Est venu témoigner Jean-Louis Brun, dirigeant de la Manufacture Brun de Vian-Tiran basée à l’Isle-sur-la-Sorgue, qui lance une collection capsule d’accessoires confectionnés à partir de chutes de tissu, appelées chef de pièces. “Nous avons travaillé avec une styliste, qui a imaginé des combinaisons de coloris. Les chutes sont assemblées avec des rubans de mérinos, qui viennent de nos ateliers.” Tote bags, sacs, cache-pot ou étuis sont donc proposés à des prix abordables.
Plus original : des cuirs à partir de peaux de poissons. C’est le pari fou de Benjamin Malatrait et ses deux camarades d’école d’ingénieurs, fondateurs d’ICTYOS – Cuir marin de France, basée à Saint-Fons (Rhône). “C’est parti du constat que la peau du poisson était systématiquement jetée par les restaurateurs. Autant, sur une carte, on pouvait associer un cuir à chaque viande proposée, autant ça n’existe pas pour les poissons. Or on jette 50 000 tonnes de peau chaque année.”
Aujourd’hui, l’entreprise créée en 2016 propose des cuirs de saumon, esturgeon et carpe, devenant la première tannerie marine de France. Start-up du groupe LVMH, elle a été contactée par les plus grandes marques. “Nous sourçons en local, avec notamment les restaurants Sushis Shop de Lyon. Le process se fait avec des tanins végétaux durables.”

Aménager des bureaux avec des meubles de récupération

Autre domaine où le surcyclage a toute sa place : l’ameublement et l’aménagement d’espaces. C’est le but de la Nouvelle Mine, créée par Linda Ecalle en 2016 à Gréasque (Bouches-du-Rhône).
Plusieurs objectifs : récupérer des matériaux inutilisés puis travailler avec des entreprises et leurs salariés pour aménager des espaces collectifs selon leurs besoins. ”Il y a une longue phase d’échanges pour comprendre le besoin, puis nous créons les meubles avec les salariés. C’est important de les impliquer pour créer du lien, qu’il s’approprient les meubles. Et nous en profitons pour les sensibiliser au recyclage, au réemploi et revaloriser le savoir-faire manuel qui se perd”. Outre les entreprises, des collectivités, des associations font également appel à la Nouvelle Mine.
Autre lieu ressource, les Petites Choses – Ressources créatrices. Cette association de l’économie sociale et solidaire fondée par Claire Godiard et Linda Bendif à Avignon s’est donnée un triple objectif : constituer un éco-comptoir où chacun pourrait trouver des matériaux à utiliser dans ses projets, sensibiliser professionnels et particuliers aux vertus du réemploi, et être un espace d’échange de savoir-faire et de bonnes pratiques et d’expérimentation, avec prochainement une bricothèque avec du matériel à disposition.
Pour l’heure, les jeunes femmes débarrassent entreprises et structures de leurs déchets après un inventaire et en fonction des besoins qu’elles ont pu identifier par ailleurs sur le territoire : écoles, artistes, centres sociaux ou particuliers qui ont besoin de matériaux pas chers. “Nous n’avons pas les moyens de stocker. Donc ce que nous récupérons doit répondre à un besoin et circuler rapidement.” In fine, le but est de valoriser le surcyclage et le faire soi-même. “On intervient dans les résidences, on organise des ateliers parents-enfants pour sensibiliser au tri et à la réduction des déchets, favoriser les échanges et la transmission entre les générations pour faire advenir un nouveau mode de consommation.”
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